مدونة تتناول الممارسات اللاقانونية لوكالة حكومية تونسية تعتدي على حرية الابحار وتجيز لنفسها ارتكاب المحرمات وهي مدفوعة التكاليف والأجور من ضرائب المواطن التونسي المغلوب على أمره بسلطة القانون والأمر الواقع
معلوماتي
الاسم: mourad regaya البلد: تونس التصنيفات : خاصة,عام
Dr Lilia Bouguira, médecin et bloggeuse, a assisté mardi à la cérémonie officielle organisée, mardi, par la présidence de la République, à l’occasion de la Journée nationale de la liberté d’Internet. Elle témoigne…
Mardi, j’ai été au palais. C’était la première fois que j’y mettais les pieds et certainement la dernière. La suite vous le confirmera.
Je ne peux pas dire que je n’ai pas été subjuguée par autant de faste et de beauté. Un édifice somptueux sur un site hors pair prenant la baie de Carthage et de Sidi Bou Saïd mais surtout un mythe encore plus fort: pénétrer un jour au palais, fouler ce sol que le dictateur se réservait à lui et sa bande de mafieux.
En y pénétrant au début de cette belle matinée, nous sommes pour la plupart surexcités comme des gosses devant un très beau cadeau nous parlions à voix basse puis le frein se levait progressivement à mesure que nous prenions place dans la grande salle où Zaba donnait ses fameux discours violets et où l’assistance buvait ses paroles guindée éblouie et faisant presque dans son froc.
Le temps des lèches-bottes est révolu
Vite nous nous débridons, rigolons de tout, de ce palais autrefois si mystifié, des meubles des plinthes mal entretenues, de la couleur de certains murs, des lustres ébréchés et surtout du goût des anciens pensionnaires de ces hauts de hurle- dictature. Certains même ont pris la peine de filmer. Nous avons surtout beaucoup ri.
Le président est apparu, a fait son discours, commémoré le défunt (le cyber-résistant Zouhair Yahyaoui, décédé en 2005, Ndlr) et sa famille. Pour la première fois dans l’histoire du palais, je crois un président fait son allocution et pas une personne n’applaudit. Non pas par manque de respect mais parce que ce temps est révolu définitivement derrière nous celui de la koffa et des lèches-bottes.
كتبها mourad regaya ، في 14 مارس 2012
الساعة: 21:27 م
Cyber-militantisme
La blogosphère tunisienne décryptée
Nul ne doute du rôle qu’ont joué les blogueurs et les facebookeurs tunisiens dans la chute du régime de Ben Ali. Plus encore, grâce aux réseaux sociaux (Twitter et Facebook) et les blogs, le cyber-militantisme et la cyber-dissidence, dont feu Zouhair Yahyaoui est le symbole, a contribué à créer de nouveaux mouvements sociaux sous nos cieux, comme l’a bien mentionné M. Mohamed Jouini (professeur universitaire), modérateur de la conférence qui s’est tenue hier matin au palais présidentiel de Carthage, dans le cadre de la première journée nationale de la liberté de la presse, autour de la bologosphère tunisienne.
Plusieurs blogueurs tunisiens et férus d’internet étaient présents hier lors de la conférence organisée au palais présidentiel de Carthage juste après que le président Dr Moncef Marzouki eut décoré, à titre posthume, le cyberdissident Zouheir Yahyaoui alias « Ettounsi », blogueur et fondateur du site « TUNeZINE », des insignes de grand officier de l’Ordre de la République. La décoration a été remise à sa mère.
Parmi les intervenants lors de cette conférence, on cite M. Jamel Zran, professeur à l’Ipsi (Institut de presse et des sciences de l’information) qui a effectué une recherche scientifique sur le mouvement des blogueurs tunisiens comme un nouveau mouvement social dont l’impact socioculturel et politique est très important dans la Tunisie de l’avant et après 14 janvier 2011 : «Les médias alternatifs (blogs, réseaux sociaux, etc.) que certains appellent médias marginalisés ont pris une importante place dans le paysage médiatique tunisien du moment où les médias du service public dits gouvernementaux ne jouaient pas leur rôle comme supports d’informations mais plutôt celui de propagande», a déclaré le professeur Zran. Il a ajouté : «Au cours de la recherche que j’ai menée autour de la bologosphère tunisienne, tous les blogueurs que j’ai rencontré m’ont affirmé que Zouhair Yahyaoui était leur source d’inspiration et leur idole… Certes la proclamation du 13 mars de chaque année comme journée nationale de la liberté de l’internet est une excellente initiative, mais il faut œuvrer pour que le droit à l’accès à internet soit mentionné dans la prochaine constitution tunisienne comme c’est le cas depuis 2009 dans les pays scandinaves».
La blogueuse tunisienne victime de sexisme
De son côté, Imen Laâmiri alias « Jolanare», professeur universitaire de français et membre fondateur de l’association des blogueurs tunisiens, a pointé du doigt le sexisme dont sont victimes les blogueuses tunisiennes. Elle a rappelé qu’en Tunisie, on dénombre plusieurs blogueuses dont les blogs traitent des thèmes différents : la femme et l’Islam de Olfa Youssef, la politique et la cyber-dissidence de Lina Ben Mhenni et Fatma Riahi alias Arabica (qui est la première blogueuse tunisienne arrêtée par la police politique de Ben Ali en 2009). Jolanare a beaucoup critiqué le caractère misogyne de la société tunisienne en se posant les questions suivantes : « La femme tunisienne a-t-elle le droit de blogger ? », et d’ajouter : « Certes, on salue l’initiative de proclamer le jour de sa mort comme la journée de la liberté d’internet, mais je suis révoltée du fait que les bourreaux et les assassins du premier martyr tunisien d’internet soient toujours en liberté et pas jugés ».
Ammar 404 libre en toute impunité
Pour ce qui est de l’ensemble des blogueurs tunisiens, la blogueuse Hana Trabelsi a été chargée par ses frères d’armes de prononcer un speech solennel en la mémoire de Zouhair Yahyaoui : « J’aurais aimé que le président provisoire soit parmi nous pour lui adresser ce discours. Tout d’abord que Dieu le Tout-Puissant puisse accorder toute sa miséricorde à notre cher frère Zouhair et tous les martyrs qui ont sacrifié leurs vies pour illuminer notre chemin vers une Tunisie plus belle… Certes, depuis le 13 mars 2005, date du décès de Zouhair, les internautes tunisiens ont pris l’habitude de commémorer sa mort sur les murs des lamentations de Facebook, mais Zouhair est resté gravé dans nos mémoires. Néanmoins, M. le Président, je suis très indignée contre tous ceux qui étaient derrière les tortures et les harcèlements exercés contre Zouhair et les autres et qui ont causé la mort de plusieurs martyrs depuis les événements du pain d’Erdeyef jusqu’à ceux de Sidi Bouzid. J’adresse mon indignation au gouvernement et à la société civile pour ne pas avoir jugé les tueurs de nos enfants…. Le bloggin
Visez toujours la lune
Mais ne la montrez pas du doigt
Les sages vous en tiendraient rancune
Et les sots ne la verraient pas
En mars 2006, j’écrivais, à l’occasion de la première commémoration de la disparition de Zouhair Yahyaoui : « Il y a un an, le chenapan du net tirait sa révérence. La vie continue pourtant à avoir le dessus et il faudra bien s’habituer à vivre sans lui mais toujours avec son souvenir. Car non, la mort ne dissout pas tout, surtout pas l’amitié ! »
Aujourd’hui, je voudrais seulement lui rendre hommage en dédiant à sa mémoire deux poèmes qui ont particulièrement marqué mon parcours.
J’ai écrit le premier durant les premières semaines de mon arrestation, été 91, à la prison civile de Sousse. Les prisonniers « spéciaux » étaient encore ensemble, non mélangés aux prisonniers de droit commun. Nous avions organisé une soirée culturelle comprenant, entre autres, une compétition sur la meilleure œuvre (poème, imitations, etc.) Mes compagnons d’infortune m’avaient alors fait l’honneur de m’octroyer, pour mon poème (en français, s’il vous plaît !), le premier prix.
Le deuxième signait, avec la fermeture de TUNeZINE, mon entrée en hibernation cyberdissidente…
En décembre 2001, ettounsi de TUNeZINE a voulu, avec son article “Merci, Monsieur le précédent, merci, ZABA”, souhaiter à sa façon la bonne année à son équipe et ce n’est pas sans une grande émotion que je relis, régulièrement, son message. Allah yarhmou…
Toutes mes pensées vont d’abord à Zouhair, ettounsi de TUNeZINE et Sophie Piekarec, la Rose qui, pour l’ensemble de son oeuvre, avait eu droit à un refoulement en mauvaise et indue forme alors qu’elle venait visiter Zouhair en prison, ensuite à tous les TUNeZINIENs dont je nommerai Taieb Moalla alias Lecteur Assidu, Mohamed Bouriga alias Omar Khayam, Sami Ben Gharbia alias Chamseddine, Riadh Guerfali alias Astrubal, Fraj Brik alias Mkarriz, feu Adel Ayadi, alias Maherbaal, Walid Driss alias eFighter, Hsouna (qui a disparu sans laisser de traces), Hasni, Kabbar, Osmanli, Mqas, Mercure, Nationaliste arabe, Astrubal, Centrist, Abou Dhar, Exilé, Ivan le terrible, Tunisian, Tarek Ibn Ziad, et tant et tant d’autres anonymes, habitants de la Rue Mansouri, la rue qui n’existe pas et qui est née de l’extraordinaire imaginaire de Mohamed Bouriga, alias Omar Khayam…
Vous nous avez menti…
Foued Bouzaouache – Prison civile de Sousse – septembre 1991
Vous nous avez promis
La vraie Démocratie
La liberté de dire
Notre avis librement
Sur les évènements
Que peuvent nous décrire
Des médias désormais
Libres de tout montrer
Libres de tout nous dire
Sur le triste présent
D’un pays baignant
Dans le sang des martyrs
Ces pauvres misérables
Qui n’étaient coupables
Que de ne pas rougir
De dire la vérité
Que vous voulez masquer
Par vos méchants sourires
Vous nous avez menti!
Pour ça, soyez maudits!
Puissiez vous en périr!
La censure, on sait où elle commence, mais on ne sait où elle s’arrêtera… On en a fait la douloureuse expérience sous le règne de Ben Ali. Acceptera-t-on d’y retomber une nouvelle fois ?
Par Rachid Barnat
«Sans la liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur». Cette phrase de Beaumarchais est d’actualité dans la Tunisie d’aujourd’hui. Il est regrettable de constater que le pouvoir actuel, comme le pouvoir précédent, a des velléités de limiter la liberté d’expression.
Les Tunisiens doivent savoir qu’il y a là un risque majeur de dérive vers une dictature. Ils doivent être intransigeants pour faire respecter la liberté d’expression et la liberté de la presse. Car toute atteinte à la liberté de la presse est le prélude certain à des atteintes à d’autres libertés.
Les Tunisiens qui savourent la liberté d’expression acquise de haute lutte doivent rester vigilants pour que plus personne ne vienne leur retirer cette liberté.
Signes avant-coureur d’une nouvelle dictature
Tous les pouvoirs ont une tendance à vouloir éviter les critiques. Ils n’aiment que les journalistes qui disent du bien d’eux et de leur politique. On sait jusqu’à quel degré était parvenu le pouvoir de Ben Ali pour empêcher toute critique. La presse, quelle soit écrite ou télévisée ou radiophonique, faisait honte par sa servilité, son absence totale de sens critique et, de fait, comme le disait Beaumarchais, les éloges dont cette presse n’était pas avare ne trompaient personne et faisaient rire les Tunisiens au fond d’eux-mêmes.
Il est peu probable que le pouvoir actuel parvienne à un tel recul après ce qui s’est passé et que l’on se retrouve dans la situation antérieure. Les journalistes, les hommes de culture, l’ensemble des Tunisiens, qui apprécient les débats et les informations qui leurs sont données aujourd’hui, ne le permettraient pas. Mais il faut être vigilant et lutter contre toutes formes de censure que l’on voit poindre, plus insidieuses, plus perverses qui n’auront en fait qu’un intérêt limité pour le pouvoir mais qui dénote un état d’esprit contraire aux libertés.
Pour mémoire, la tentative du chef du Gouvernement Hamadi Jebali de mettre ses pions à la tête des médias, les attaques physiques de journalistes par les salafistes, les déclarations ici où là pour soutenir que la presse était «hostile» et entravait le travail du gouvernement… sont des signes avant coureur d’une nouvelle dictature !
Des événements récents démontrent que cette liberté de s’exprimer, si chèrement acquise, est encore menacée et que les Tunisiens doivent se manifester pour faire cesser ces attaques.
Manifestations de journalistes devant le Palais du Gouvernement à Tunis
La liberté chèrement acquise est encore menacée
D’abord un petit incident sans doute mineur, s’il n’était révélateur d’un état d’esprit. Le ministre dit «des Droits de l’homme», donc normalement défenseur de la liberté de la presse, n’a pas hésité à exclure des journalistes d’une réunion, provoquant le départ de certains participants qui n’ont pas apprécié la façon dont le ministre traitait la presse (‘‘Samir Dilou renvoie les journalistes’’). Est-ce inexpérience ? Volonté de cacher les choses ? Énervement contre une presse qui n’est pas à sa dévotion ? Sans doute tout cela à la fois.
Dans le même temps, le parquet, dont on sait qu’il est aux ordres du ministre de la Justice, a fait emprisonner (oui, vous lisez bien emprisonner) le dirigeant d’un organe de presse (‘‘Tunisie. Trois journalistes d’‘‘Ettounissia’’ écroués mercredi’’) pour une photo publiée à la Une, prétendument choquante ! Et avec quelle célérité !!
Alors que rien n’a été engagé par le pouvoir contre un prêcheur (
Avec le « Printemps arabe », les médias n’ont jamais autant parlé de « Révolution Twitter » et « Révolution Facebook ». En apparence, en effet, Twitter, Facebook ainsi que d’autres réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l’accélération de l’Histoire ; tant ils ont servi à relayer efficacement l’information.
Attribuer le crédit, nommément, à certains réseaux sociaux dans cette accélération de l’Histoire est une appréciation tronquée. Celle-ci occulte la quintessence même de la révolution médiatique qu’a permise cette part difficilement contrôlable d’internet (I). Et sans une vigilance accrue face à cet aspect d’internet, l’on est en droit de s’interroger aujourd’hui si l’âge d’or de la liberté d’expression n’est pas derrière nous (II).
I.— Cette part difficilement contrôlable d’internet…
Twitter, Facebook, YouTube, etc. n’ont été en réalité que des outils interchangeables que va permettre, non pas l’internet tout court, mais cette part difficilement contrôlable, à ce jour, du réseau internet. Il n’y aurait pas eu Twitter et Facebook, d’autres outils pour partager l’information online auraient été utilisés. En revanche, l’Histoire n’aurait définitivement pas été accélérée, si nous n’avions pas eu ce substrat non contrôlé sur lequel se sont greffés de tels outils de partage de l’information. C’est à cette part incontrôlée d’internet que revient le véritable crédit de cette accélération de l’Histoire.
Il convient également d’observer que si l’apport de cette technologie est inédit dans l’histoire de l’humanité quant à la célérité de la propagation de l’information qu’elle va permettre, son apport en terme d’émancipation des idées hors de l’emprise des puissants ne l’est pas.
Pour rappel, avant Gutenberg, le processus de reproduction de la pensée humaine était d’une telle lourdeur et d’un tel coût qu’il était aisé pour les gouvernants et les institutions religieuses d’en contrôler la diffusion avec plus ou moins de succès. La mutation radicale que va permettre la « nouvelle technologie » de l’imprimerie n’est pas tant issue de la multiplication exponentielle de l’écrit qu’elle va engendrer, mais plutôt par sa capacité, se faisant, à rendre ces écrits difficilement contrôlables par lesdits puissants. A pied, à dos d’âne ou en carriole, « l’imprimé » sera à la base d’une transformation radicale de la civilisation humaine initiée à la fin du XVe siècle. Et avec le développement des voies de communication terrestres, maritimes et fluviales, le chamboulement sera total, notamment et surtout en Europe, y compris par la rapidité de sa propagation. Le « Printemps arabe » de 2011 n’est qu’une forme de répétition du « Printemps des peuples » de 1848 avec ses moult Révolutions en France, Autriche, Allemagne, Hongrie, Pologne, Italie, Roumanie, etc. La circulation de l’écrit « insolent » tant à l’intérieure des pays, qu’entre les nations (européennes), et ce, du fait de la porosité des frontières de l’époque (sans commune mesure avec celles d’aujourd’hui) ne se reproduira qu’avec l’invention de l’Internet.
Cependant, voir systématiquement dans toute nouvelle technologie de l’information un nouveau vecteur pour l’émancipation de la liberté de pensée serait naïf. Et pour cause, les exemples inverses sont plutôt légions. Les technologies de l’information inventées lors de la 1re moitié du 20e siècle ont aussi servi de vecteurs aux pires infamies.
Tout comme l’ère qui précéda l’invention de l’imprimerie, ère caractérisée par la capacité des gouvernants à contrôler facilement « l’écrit », les nouveaux moyens d’information de la 1re moitié du 20e siècle (radio, télé, cinéma, phonogramme, etc.) étaient d’un tel coût et d’une telle mise en œuvre, qu’il était facile pour l’Etat de se les accaparer ou, à défaut, d’en contrôler strictement le déploiement. Et pour peu qu’un psychopathe accède aux gouvernes d’un tel Etat pour que l’on se retrouve avec une ignoble dictature à la Hitler, Mussolini, Franco, Staline ou celle des colonels. La fine pointe des nouvelles technologies de l’information de l’époque a aussi servi à la plus vile des propagandes et des manipulations de masse. Ces nouvelles technologies ont même permis de haranguer les foules afin de dresser les bûchés pour y brûler livres, parchemins et œuvres d’art … pour « préserver les valeurs morales » et protéger la société contre la « décadence ».
Ce qui a permis à ces dictateurs de sévir, c’est aussi leur capacité à maîtriser et contrôler strictement les nouvelles technologies d’information et de communication de leur temps. De par la lourdeur de leur déploiement de l’époque, ces nouveaux moyens ne recelaient pas -ou si peu- de ce potentiel qui les aurait laissés, en partie, hors d’un contrôle strict des gouvernants.
Il faut admettre également que les prétendants au despotisme du siècle dernier avaient suffisamment de recul, depuis l’invention de l’imprimerie, pour assimiler les capacités antidespotiques d’une presse écrite non totalement inféodée. Ils se sont servis, dans un premier temps, de cette presse pour balayer et renverser des régimes. Mais sitôt au pouvoir, par des lois scélérates successives, et non sans une forme de passivité des opinions publiques d’alors, plutôt rurales en majorité, ont fini par bâillonner la presse écrite tout en s’appropriant le contrôle total des nouveaux moyens d’information.
Il faudra attendre la fin des années 1980 et le début des années 1990 pour que la nouvelle technologie de l’internet – bien plus que les chaînes satellitaires- réhabilite cette part difficilement contrôlable de la circulation de l’information ignorant les frontières. Les historiens et les sociologues ne finiront pas d’analyser durant les siècles à venir ces deux décennies exaltantes qui ont chamboulé l’univers médiatique de l’humanité. Et il s’agit bien d’affirmer « difficilement contrôlable » et non pas totalement incontrôlable. La nature même du fonctionnement technique d’internet permet, du jour au lendemain, de le verrouiller totalement. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Corée du Nord ou à Cuba !
Moez Chakchouk, P.D.G de l’Agence Tunisienne de L’internet. (Yasmine Ryan/Al Jazeera)
Le régime de Zine El Abidine Ben Ali a toujours été un ennemi de l’Internet libre. La censure d’Internet mobilisait de nombreuses ressources. L’Agence Tunisienne d’Internet (ATI, fondée en 1996) a été l’outil utilisé par le gouvernement pour verrouiller l’accès aux voix dissidentes du web et aux sites Internet critiques envers le régime. Après l’éviction de Ben Ali, le 14 janvier 2011, les internautes tunisiens ont commencé à jouir, pour la première, d’un accès à un Internet non censuré.
Alors qu’en l’espace d’un an la Tunisie accuse le meilleur taux de pénétration d’internet/population au Maghreb (~28%), dont plus de 77% utilisateurs de réseaux sociaux, la liberté d’expression sur internet devrait être garantie. Malheureusement, non !
Justice : Où en sommes-nous ?
Un an après l’annonce de la mort d’Ammar404, nous risquons son retour irréversible. La censure reverra le jour, plus forte que jamais si la décision de la cour de cassation confirme le filtrage du contenu pornographique lors du procès qui oppose l’Agence Tunisienne d’Internet à un groupe de citoyens début février 2012, une décision qui fera jurisprudence pour d’éventuels autres procès du même genre visant d’autres contenus.
En parallèle, des plaintes sont déposées par-ci par-là contre des administrateurs de pages Facebook, ou propriétaires de blogs pour de la diffamation ou autres raisons…
Par ailleurs la justice opère toujours dans l’inexistence d’un cadre juridique pour Internet en Tunisie.
Politiques : Changement de discours ?
Quant aux politiques, et après avoir longtemps soutenu ce fondement de toute démocratie que représente la liberté d’expression, les candidats ayant « acquis » des postes gouvernementaux ont changé leur position à ce sujet, de la clarté des propos vers un avis nuancé…
Je prends l’exemple de Monsieur Le Président de la République, alors que le candidat Moncef Marzouki déclarait lors de la campagne électorale :
« …Internet ne doit pas être surveillé par le gouvernement ni les entreprises… La liberté sur internet doit être la base et non l’exception…Je suis pour une liberté avec des cotés négatifs et contre la censure même si on y trouve un coté positif… il faut laisser les internautes libres et les éduquer/ informer… Je refuse que le gouvernement alloue un budget à l’achat d’équipements de censure… »
«… Je suis pour la liberté d’expression mais il n’existe aucune liberté dans l’absolu… Il faut des lignes rouges qui limitent cette liberté… il ne faut pas que ces lignes rouges soient des prétextes à la censure … la ligne doit être discutée et acceptée par les uns et les autres… ce n’est pas à moi de commenter une décision de justice
Aidé par les fournisseurs américains et européens, Ammar 404 a pris le contrôle de pratiquement toutes les communications électroniques en Tunisie en allant jusqu’à changer le contenu des e-mails. Shawn Baldwin / Bloomberg
Par Vernon Silver
Traduit de l’anglais par Edith Mulhern
Un jeu de mots sur le message “Error 404” des sites bloqués, les blogueurs l’imaginent comme chef de surveillance de l’état policier du dictateur Zine El Abidine Ben Ali.
Avec l’aide directe et indirecte de la part des fournisseurs américains et européens, Ammar 404 s’est emparé de tout moyen de communication numérique en Tunisie et changeait même le contenu des e-mails en transit. Dans cette situation, les tunisiens craignaient que leurs communications ne soient pas envoyée ou reçus, ou même qu’elle soient interceptées.
Asma Hedi Nairi, ancienne coordinatrice pour Amnesty International, raconte que ces e-mails entres amis ont été remplacés par d’autres messages allant des symboles variés aux annonces des voitures de location. Des opposants du régime renversé par la revolution du janvier ont reçu des menaces comme « Tu peux fuir mais il n’existe nul endroit au monde où te cacher,” et des gens qui n’avaient aucun lien avec l’univers politique ont trouvé leur correspondance piraté quand ils utilisaient par hasard des mots clés jugés trop critiques par rapport au gouvernement. Ammar 404 a même ruiné des reputations en mettant des images pornographiques dans des e-mails professionnels et redirigeant des photos intimes sur Facebook, raconte Nairi, 23 ans.
“Ammar 404 voyait tout,” dit Nairi, qui fait des études de master en sciences criminelles à Tunis.
13 décembre (Reuters) – les capacités de surveillance de la Tunisie est à l’avant-garde d’une course aux armements technologiques dans lesquels les régimes répressifs ne cessent de monter en puissance pour manipuler les activités électronique des citoyens. Reportage de Owen Thomas et Vernon Argent “Countdown”. (Source: Bloomberg)
“Guerre de l’Information”
Cette ingérence l’a forcé à fermer cinq comptes aux cours des années précédant la révolution, la faisant perdre ses contacts et ses documents. De plus, le contenu sexuel des intrusions était particulièrement gênant dans un culture majoritairement musulmane, selon Nairi, ayant l’effet de restreindre encore le courant de discussion politique.
“Ammar 404 est plus dangereux que n’importe lequel policier dans la rue,” elle dit. “ C’est un guerre de l’information.”
La capacité de surveillance de la Tunisie la place en tête de la course à l’armement dans l’informatique mené par des régimes repressives dont le pouvoir de surveiller – et manipuler – la présence numérique des citoyens augmente.
L’examen de la surveillance tunisienne dessine le plan de l’appareil de contrôle d’un état totalitaire et fait partie d’une enquête de la part de Bloomberg News sur l’utilisation des technologies occidentales de surveillance pour traquer les dissidents dans la région.
Asma Hedi Naïri, un ancien coordinateur d’Amnesty international Jeunesse, dit que e-mails qu’elle et ses amis ont échangé ont été remplacés par des messages allant de symboles aléatoires aux annonces pour les voitures de location. Shawn Baldwin / Bloomberg
En Syrie, une société italienne a coupé court à un système de surveillance après la publication par Bloomberg d’un rapport sur le project tandis que le nombre de morts augmente. Iran a acheté des equipements europeéns pour traquer les déplacements des citoyens même après la répression sévère de la contestation des éléctions en 2009. Et au Bahreïn, la police a utilisé les SMS interceptés avec l’équipement de surveillance européen pour interroger les activistes. L’Égypte, le Yemen et la Syrie ont acheté le même équipement, selon l’enquête.
Peu soumis au contrôle de l’Etat
L’export des équipements de surveillance est peu réglementé et la capacité d’interception est d’usage pour les systèmes de communication partout dans le monde, destiné aux forces de l’ordre. Ni les Etats-Unis ni l’Union Européenne n’interdit l’exportation des technologies de surveillance vers la Tunisie.
Le cas tunisien pourrait devenir le règle mondial si la vente de ces technologies continue à échapper du contrôle, selon Ben Wagner de l’European University Institute près de Florence, en Italie, qui a publié ses recherches sur la gestion de l’internet en Tunisie.
Ben Ali’s regime deployed the surveillance gear to demonstrate its power, Wagner says. Changing e-mails into nonsense, rather than luring dissidents into ambushes, created a pervasive unease, in which even spam could be perceived as the work of Ammar 404, he says.
Le régime de Ben Ali s’est servi du système de surveillance pour faire sentir son pouvoir, selon Wagner. En changeant le contenu des e-mails en absurdités, au lieu de faire piéger des dissidents, le régime a réussi à créé un atmosphère de malaise omniprésente, où même la réception du spam pourrait faire craindre la présence du Ammar 404, il dit.
Pour surveiller le web, le gouvernement filtre la quasi-totalité du trafic par le biais de l’agence nationale de l’Internet.
Un Terrain d’Essai
“Cela met mal à l’aise les citoyens par rapport à leur état de sécurité et la protection des données,” il dit.
Des fournisseurs occidentaux ont utilisé le pays comme terrain d’essai. Moez Chakchouk, chef depuis la révolution de l’Agence Tunisienne d’Internet, raconte qu’il était d’usage que les sociétés de surveillance soldaient leur service à cette agence gouvernementale, en échange d’un libre accès.
Lors des entretiens depuis la chute du régime Ben Ali après 23 ans au pouvoir, des techniciens, activistes, cadres et fonctionnaires décrivent comment ils se sont colletés avec, et ont même participé à construire ce pays de Merveilles répressif.
De Nombreux Coupables
Tandis qu’une enquête ne démasque aucun individu comme étant responsable de cette censure, de nombreux personnes endossent un part de culpabilité de ses actions. Parmi eux, la « cyber-police », l’agence internet qui a installé ces systèmes, et des entreprises complices qui vendaient ces technologies malgré le tollé grandissant par rapport aux violations des droits de l’homme par le gouvernement.
“Je peux vous expliquer comment c’était fait,” dit Kamel Saadaoui, 46 ans, qui dirigeait l’Agence de 2008 jusqu’à la révolution. “Les sociétés tunisiennes, que ce soit des télécoms ou l’ATI, ont coopéré avec des sociétés européennes,” il raconte lors d’un entretien en mai, peu après sa promotion au poste comme directeur de régulateur national des télécommunications.
La société Trovicor GmbH, basé á Munich, a fourni des outils d’interception des données et des voix, tandis que Sundby, ETI A/S basé au Danemark, assurait l’interception des données afin de reconstruire les activités des internautes, selon Saadaoui. Les systèmes ETI sont capables de traquer les sites visités et des journaux des correspondances par courriel.
Trovicor, ancienne filiale de Siemens AG (SIE) et Nokia Siemens Network, n’ont pas répondu à nos solicitations. Le porte-parole de Nokia Siemens, Ben Roome, a refusé de faire un quelconque commentaire. Siemens a deféré des questions à NSN.
Deep-Packet Inspection
Trovicor GmbH, une société européenne, spécialisée dans l’interception des données fournies sur les téléphones cellulaires. Michael Nagle/Bloomberg
ETI est une filiale de BAE Systems Plc, base à Londres et le plus grand contractant dans le secteur de la Défense en Europe, qui a racheté ETI en mars pour un prix de plus de $200 millions. Sara Hirsch, porte-parole des deux sociétés base à Londres, dit qu’il est pas possible de faire un commentaire sur un pays ou un contrat spécifique. Leurs opérations respectent les exigences légales nationales et leurs normes institutionnels, d’après elle.
Saadaoui, qui est diplômé de Master d’Informatique de Michigan State University, explique qu’il a aidé à procurer et à monter le système qui capturait et changeait les e-mails. Le système emploie un technique dénommé Deep-packet Inspection, qui analyse le contenu des e-mails et renvoie des e-mails suspects au Ministère de l’Intérieure.
Au cours d’un entretien d’une heure dans son bureau à l’ATI, il décrit une sale de contrôle avec des barreaux sur les fenêtre et 20 postes, où des employés examinant des e-mails dans plusieurs langues.
“Ils pouvaient lire la raison pour laquelle un email était bloqué et prendre la décision de le rediriger au réseau ou le supprimer,” il dit. “Ou bien de le changer.”